
Les Évangiles sont-ils fiables ?
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1.
Pour beaucoup de religions, peu importent les circonstances dans lesquelles les paroles de révélation ont été prononcées. Pour les juifs et les chrétiens, c’est tout le contraire. L’historicité est essentielle dans la foi chrétienne tout particulièrement, car Dieu s’est incarné dans l’histoire et s’est manifesté par des paroles et des actes précis. C’est pourquoi les Écritures saintes rendent compte d’événements historiques qui donnent le sens de toute l’histoire du monde.
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2.
Dans cet esprit, les apôtres sont d’abord et avant tout des témoins du Christ et de sa résurrection. Ils ont prêché sans cesse pour communiquer tout ce qu’ils avaient « vu, touché, entendu » (1 Jean 1,1) du Christ Jésus « depuis le baptême de Jean » (Actes des Apôtres 1,22) jusqu’à son « enlèvement au ciel » (l’Ascension). Leurs enseignements délivrés d’innombrables fois, à des foules de plus en plus nombreuses ont été rédigés et publiés par les évangélistes dans ces récits que l’on appelle les Évangiles, à l’attention de publics différents.
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3.
La doctrine chrétienne prêchée par les apôtres est originale parce qu’elle est marquée par un respect inconditionnel de la vérité et par une dénonciation permanente du mensonge. Jésus lui-même s’est présenté comme la Vérité et il présente toute forme de mensonge comme l’œuvre du Diable. L’historien ne doit pas négliger ce parti pris de vérité, ni cet enracinement de la foi juive et chrétienne dans des faits historiquement aussi établis qu’il est humainement possible.
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4.
Les Évangiles n’hésitent pas à présenter des faits et gestes de Jésus qui rompent avec son temps et qu’il aurait été difficile d’inventer ! Ces récits ne cherchent jamais à embellir la réalité et se font l’écho de beaucoup de choses qui ne vont pas dans le sens que l’on aurait pu souhaiter à l’époque de leur rédaction.
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5.
Le matériau historique des Évangiles est solide. Une connaissance toujours meilleure de la Terre Sainte au Ier siècle et de ses usages l’atteste. De nombreuses découvertes récentes (par exemple, la topographie de Jérusalem) ont conforté la véracité et l’authenticité des récits des Évangiles – découvertes de l’archéologie, de Qumran, de la topologie, de la sociologie et des sciences historiques récentes.
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6.
Ces textes évangéliques et l’ensemble du Nouveau Testament ont été rédigés très peu de temps après les événements qu’ils rapportent. Ils ont convaincu leurs propres contemporains, qui ne manquaient pas forcément d’esprit critique et qui ont été amenés eux aussi à engager leur vie jusqu’au bout pour attester de la vérité de leur foi et de leur pleine adhésion à ces témoignages.
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7.
Enfin, la diffusion internationale large et très rapide des Évangiles dans toutes les Églises et aux quatre coins du monde en font de très loin les textes les mieux conservés du monde antique.
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8.
Le Concile Vatican II rappelle que l’Église « atteste sans hésiter l’historicité des Évangiles » (Encyclique Dei Verbum V, 19), mais leur fiabilité historique reconnue ne suffira jamais. La foi en Jésus Christ est d’un autre ordre, puisqu’elle requiert un assentiment fondamentalement libre et aimant.


prêtre du diocèse de Paris depuis 1982, il est professeur au collège des Bernardins où il enseigne l'Écriture sainte.
Documents de référence
« L’Église affirme que les quatre Évangiles, dont elle atteste sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le fils de Dieu, pendant qu’il vivait parmi les hommes, a réellement fait et enseigné en vue de leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel »
(Dei Verbum)

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Mayeul
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commentaires
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Merci au Père Henry de Villefranche ainsi qu'à Aleteia pour cet article. Je conseille d'ailleurs à tous de prendre le temps de lire l'intégralité de l'article (y compris les développements, obtenus en cliquant sur "En savoir +"). À lire également, l'encyclique Dei Verbum auquel l'auteur fait plusieurs fois référence, et que j'ai découvert grâce à lui : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html#
C'est étonnant cette réticence catholique à assumer la "part humaine" des évangiles, qu'affirme pourtant très clairement "Dei Verbum", constitution dogmatique du concile Vatican II sur la Parole de Dieu. Non, tout n'est pas vrai et authentique dans les récits évangéliques. Les annales de l'Empire Romain montrent par exemple que Quirinius est arrivé en Palestine 10 ans après la mort d'Hérode, ce qui rend impossible le déroulement des événements présentés par Luc à la naissance de Jésus. De même il faut choisir entre les généalogies du Christ selon Luc ou selon Matthieu, manifestement contradictoires, sur la résurrection de Lazare, essentielle au récit de Jean et inexistante chez les 3 autres et sur tant et tant d'autres incompatibilités historiques qu'on ne peut balayer avec seulement un effet de manche. Cela n'empêche pas la foi, la Bible pouvant être A LA FOIS pleinement humaine, fragile ET pleinement divine, comme le Christ, Parole de Dieu incarnée, est A LA FOIS Dieu ET homme. C'est le sens de Dei Verbum, qui fait un pas de géant sur cette question que nombre d'ecclésiastiques semblent n'avoir pas encore noté. Sur cette question, on pourra se référer avec beaucoup de profit aux "Raisons du Doute" de Joseph Bert.
Je n'ai pas trouvé de chapitre 7 ,25 dans la première épitre aux Colossiens. concernant la distinction de Paul entre ses paroles et celles de Jésus.... Probablement il s'agit d'une erreur....
Bonjour Mr Lafarge,
Vous avez raison. Nous avons corrigé l'article.
Il s'agit de la première épître aux Corinthiens et non pas aux Colossiens (qui n'est qu'une seule épître).
Merci
La phrase finale fausse toute l'explication, et la ruine. Elle semble dire que le fait matériel de la Résurrection de Jésus est affaire de foi.
Mais la Résurrection, en tant que réalité matérielle, est un événement historique, sujet et soumis à la science historique. C'est l'histoire, et elle seule, qui doit conclure à la réalité matérielle de la Résurrection de Jésus-Christ, le dimanche de Pâque 30 ou 31.
C'est pourquoi d'ailleurs, le christianisme attache cette importance à l'histoire : il est fondé dessus, comme le démontre toute l'explication qui précède. La foi est appuyée sur le fait matériel de la Résurrection, mais si ce fait de la Résurrection est objet de foi, alors la foi chrétienne n'est fondée que sur elle-même. On tourne en rond.
Ainsi, Jésus dit : "Il ne sera donné (à cette génération perverse et adultère qui refuse de croire) que le signe de Jonas (la Résurrection)". Le signe est irrécusable, et il doit l'être, sans quoi nous avons une excuse pour ne pas croire. Et Saint Paul explique : "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine". C'est pourquoi, quand il parle des apparitions de Jésus, il ne se place pas sur le terrain de la foi ou des Écritures, mais sur celui de l'histoire, et en historien cohérent il en appelle au témoignage matériel des témoins oculaires pour établir le fait historique qui fonde sa foi.
La Résurrection, en tant qu'événement, est une certitude historique, et tout historien appliquant strictement sa discipline est obligée de l'admettre, car il dispose d'un ensemble complet de témoignages indépendants (les évangiles, plus les épîtres) ainsi que d'un certain nombre de preuves archéologiques (auxquelles on peut ajouter le linceul de Turin). Naturellement, tous ces témoignages peuvent être soumis à critique et doivent l'être, dans le cadre de l'étude historique. Mais une fois la critique effectuée, l'historien doit conclure en fonction de critères constants (c'est à dire qu'il doit appliquer les mêmes critères de jugement à tous les événements). Si un historien rejette le fait de la Résurrection, alors il doit rejeter la quasi totalité de l'histoire antique et une bonne partie de celle du Moyen Âge (comme par exemple la reddition de Vercingétorix ou l'assassinat de Jules César).
Il est vrai que la Résurrection est objet de foi, mais en tant que réalité spirituelle ; la question est de savoir si, devant cette certitude, je vais croire ce que Dieu veut me dire à travers elle (de la même manière que les Pharisiens, mis devant l'évidence de la guérison du paralytique, devaient croire au pardon donné en Jésus-Christ) : il veut me ressusciter moi-même. Beaucoup de gens veulent bien admettre que Jésus est ressuscité, ça ne mange pas de pain. Mais de là à admettre que la reviviscence d'un juif vers l'an 30 les concerne en quoi que ce soit, il y a une marge !